Les petits parcs cachés

Une des choses qui frappent (dans le sens métaphorique du terme, ce qui n’est pas toujours le cas, le littéral est rarement très loin dans le coin) quand on se promène dans les rues du Centre-Sud, c’est les petits parcs qui se cachent à tout racoin. C’est comme des oasis à l’urbanité dévorante, des trous dans le développement urbain qui te laissent un break le temps d’une clope ou d’un fix, un peu de parfum de nature avec parfois un fond d’effluve itinérante parce que le centre-ville est quand même pas très loin. Des petits repères à flâneurs, à gueux, à jeunes familles, des bancs généreux qui accueillent les culs sans discrimination de classe sociale ou d’intentions.

C’est en fait assez surprenant, le nombre de ces petits parcs dont plusieurs poussent l’ironie jusqu’à posséder un charme quasi victorien, sur le mode jardin anglais verdoyant pis toute. C’est à se demander pourquoi des promoteurs consciencieux ont pu laisser des espaces non rentabilisés pousser de la sorte. En fait, il faut remonter à l’automne 1974 et à la grève des pompiers qui suit le refus du magnanime maire Drapeau de négocier quoique ce soit mis à part son héritage impérissable (comme la dette et pas le toit du Stade, on le rappellera).

Facque. Arrive un vendredi soir pis des pompiers qui sont en criss. Et qu’est-ce que ça fait un pompier en criss un soir qu’il existe pas encore la loi sur les services essentiels? Ben ça refuse d’éteindre les feux. C’est comme ça que 25 immeubles flambent en 60 heures, dont 14 dans Centre-Sud (on a appelé ça le week-end rouge). Un trou c’t’un trou, pis même les feux savent ça.

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quand ça crame, ça crame
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au moins, ça brûle la scrap

Là y’a les cyniques qui vont dire  qu’on laisse toujours les pauvres dans leur bouette pis c’est même pas vrai tant que ça, regardez tous les espaces verts que ça a donné, voyez ça comme une destruction créatrice, quelque chose comme un principe schopenauerien à l’oeuvre dans les rue de Montréal, VOYEZ LE BEAU, CIBOIRE.

Ok, c’est un peu d’emportements, mais c’est pour dire que les espaces ainsi « libérés » ont permis la construction de parcs (des pocket parcs, ou parcs à poches, c’est selon) dont les putes, les junkies pis les pauvres jouissent aujourd’hui, c’est quand même pas rien, c’est du karma urbain pis c’est fucking poétique. Même que y’a du monde vraiment wise qui en ont profité pour faire miroiter la culture graisseuse des faubourgs, par exemple en créant un parc à l’honneur de Jean Narrache, un dealer légal (comprendre, un pharmacien) qui a écrit plein de choses subversives dans la langue populaire des ceuzes qui savent pas trop dire mais qui crachent gras pareil. Salut Jean.

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Plus encore, y’a des horticulteurs urbains complètement débridés qui en ont profité pour construire des jardins thématiques, genre plantes médicinales autochtones dans une craque près de chez toi. Sérieusement, un gros bravo à l’organisme Sentier urbain et ses différents îlots que vous verrez sur la carte au bas de la page et dans le menu de gauche. Je suis d’ailleurs en pleine floraison cartographique de la multiplicité des réels de la fange populaire à l’est du présentable, donc si vous avez des histoires glauques ou funky à partager, c’est un appel à tous et ne vous gênez surtout pas pour me livrer votre stock gratis et en creative commons. Gloire à vous et aux coins sombres du bas de la côte.

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c’t’un genre de tipi transparent

Et aussi deux dernières mentions, la première à un de ma gang qui a quand même fondé le premier cinéma au Canada (le Ouimetoscope), et la seconde à Grand Blond, fier gardien du petit parc en arrière du Cheval blanc et plus touchante statue que je connaisse qui ne représente pas un meurtrier ou un crosseur de haut de gamme naturalisé honorable par du béton patrimonial. Salut pitou.

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le repos de Grand Blond

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